
(See Maurizio Gatti, Literature amérindienne du Québec : écrits de langue française, Montreal, Hurtubise HMH, 2004, p. 213-214)
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Graines de mon peuple, laissez-moi vous arroser de mes larmes de joie pour une nouvelle fraîcheur. Cette fraîcheur demande une nouvelle croissance pour celui qui croit aux possibilités d’une vision plus humaine. Graine, si tu veux, tu peux. Une petite goutte sur cette graine peut remplacer toutes les sueurs de mon peuple. Peuple de respect, ne cherche pas un océan pour te purifier, mais cette goutte pourra rafraîchir ton esprit. Alors ton esprit pourra se baigner dans ce minuscule océan qu’est la goutte, ce qui lui rendra une dimension plus juste de ce qu’est un peuple qui se respecte. Le Grand Esprit a donné peu. Nous n’avons pas besoin de beaucoup, mais ce peu a une signification immense.
(Broderies sur mocassins, Chicoutimi, JCL, 1988, p. 35)
Tranquille solitude. Être seul, face à soi-même, rend l’esprit propice à saisir le sens de l’évolution de bien-être selon le désir du Grand Esprit. Ce n’est pas de se rapprocher du Grand Esprit qui constitue la victoire, mais plutôt de suivre le sentier en respirant la vérité. Le respect de soi, l’assurance de notre foi nous guide vers l’amour pour que notre cheminement vers le Grand Esprit soit pur. La solitude nous amène à l’écoute des mélodies d’amour du Grand Esprit pour l’enrichissement de notre esprit. Dans ma prière profonde, je glorifie le Grand Esprit de cette chaleur de tendresse d’aimer, tel que je suis. Assis dans une position confortable, je sens une force envahir tout mon être. Le sapinage vient taquiner mon gros orteil. Les sueurs ont été bénéfiques pour mon corps. Les gouttelettes ruissellent. Les petites racines qui se trouvent en dessous du sapinage acceptent ces gouttelettes de franchise. D’autres s’évaporent dans l’immensité du cosmos, porteuses d’un message de gratitude sacrée. La respiration de mon corps se mêle à celle de la Mère terre, comme une femme qui accepte avec beaucoup de joie l’être à qui elle vient de donner la vie. Je crie très fort quatre fois pour les quatre directions... Ki sakihitin1. Au passage de ces mots, la nature s’en accapare et se nourrit avec allégresse. Timidement, une petite brise nocturne vient de me lancer un défi amical... Je m’enveloppe d’un aripikorai2 pour me tenir au chaud. Debout face à l’Est, je termine cette cérémonie par un rituel d’usage. Une dernière fois, je crie...
Kir ni Manitom. Ni kicteriten ni coweriten kiticinikasowin.3
Seule la fumée qui monte indique une présence. Je ramasse les branches sèches et les mets sur la braise. Je souffle sur la braise et la lumière est. Comme la coutume le veut, je mets une poignée de tabac sur le feu. Les étoiles semblent me faire des clins d’œil. La position de matotasiwatekw4 symbolise beaucoup de nos croyances. Tambour, donne-moi la note pour chanter ma chanson du courage. Oui... vraiment je me sens bien.
En atikamekw
1 Je t’aime.
2 Couverture.
3 Toi, mon Créateur. Je respecte et j’aime ton nom.
4 Sudation.
(Broderies sur mocassins, Chicoutimi, JCL, 1988, p. 48-49)