Les deux oeuvres de Pauline Lahache, mises côte à côte, étonnent tant elles semblent venir d'univers opposés. Pourtant, la magnifique coiffe cérémoniale et l'aigle sur son arbre de Prophesy sont issus de la spiritualité des Iroquois, source inépuisable d'inspiration pour l'artiste. La coiffe cérémoniale appartient à un chef et elle est portée lors de la cérémonie des condoléances qui se déroule dans la maison longue. Avec l'arbre de la paix et la maison longue, nous nous trouvons au coeur de la vie spirituelle des Mohawks ; Pauline Lahache a voulu ici par ses oeuvres en souligner l'importance, en donnant à Prophesy certains des codes de l'iconographie chrétienne, et la persistance, dans la confection prégnante de foi profonde d'un objet à caractère sacré.
Avec Prophesy, l'artiste aborde un thème essentiel de la spiritualité mohawk. Le grand arbre de la paix demeure aujourd'hui encore un puissant symbole unificateur et constitue pour plusieurs, par la connaissance de ses significations, la voie de la paix, qui, pour les Iroquois, est la Loi. La figure de l'aigle au faîte de l'arbre nous rappelle qu'il ne peut y avoir de paix sans vigilance. Prophesy est une oeuvre paradoxale en ce sens que sa facture dorée à la feuille nous renvoie tout droit à une certaine statuaire catholique ; la question reste ouverte quant à savoir si l'artiste ironise ou non. La coiffe cérémoniale qui complète l'apport de Pauline Lahache est aussi un objet à caractère sacré dont la confection, du choix des matériaux jusqu'à la minutie dans l'agencement des motifs, est en soi une prière.