Six cinéastes
Jobie Weetaluktuk

Description de l'entrevue avec Jobie Weetaluktuk

Je suis né dans un campement traditionnel, mais j’ai grandi à Inukjuak.

Pour Qallunajatut (Urban Inuk), j’ai voulu faire un film sur les Inuit dans la ville. Il y a eu un changement progressif ; nous étions des nomades dans des campements  : aujourd’hui, nous vivons dans des villages permanents et, pour plusieurs, nous vivons maintenant à la grande ville. Le film suit trois personnages. Le premier, Jayson, allait bien mais, au moment du tournage, il venait de vivre une rupture avec sa blonde et s’est alors retrouvé dans la rue. Le deuxième, feu Charlie Adams, ne voulait pas au départ venir vivre à Montréal. Il a du s’exiler pour raison médicale et vivre en ville a été pour lui une expérience extrêmement difficile.
  Pitsulata était, elle, dans la cité depuis un bon moment et elle avait trouvé sa voie  : tout allait bien de son côté. Elle fait du travail social et aide les autres avec les problèmes qu’ils doivent affronter.

Et le fond du problème est la perte d’identité. Si vous n’avez pas un fort sentiment de qui vous êtes, vous allez vous sentir complètement perdu dans la ville. Et même dans le Nord, plusieurs personnes en perte de repère ont de la difficulté avec le concept d’identité inuit. L’important n’est donc pas où vous vous trouvez  : ainsi moi qui vit à Montréal, je n’ai aucune difficulté à m’affirmer comme Inuit, d’autant mieux que je maîtrise la langue (quoique je pense qu’on peut être Inuit même en ne connaissant pas la langue).

L’idée de mon autre film, Umiaq Skin Boat, est venue quand j’ai su qu’un groupe de personnes de ma communauté avaient décidé de construire une embarcation traditionnelle en peau de mammifère marin  : un umiaq. Cela m’est apparu intéressant car il y avait au moins cinquante ans qu’on avait fabriqué un umiaq dans cette région. Je connais beaucoup d’histoires qui tournent atour de l’umiaq.

Mon prochain film parlera des écoles résidentielles. Ce sera un film à propos du changement et qui explorera l’idée de transition. Je viens d’un camp traditionnel et pour aller à l’école, j’ai du aller à Inukjuak.

À Ottawa, j’ai étudié la radio et le journalisme  : ce fut là ma première profession. Plus tard, j’ai passé au média écrit ; j’ai publié un magazine. Et puis, j’ai travaillé à la télévision pendant plusieurs années pour IBC (Inuit Broadcasting Corporaton) à Iqaluit. Et c’est de là que j’ai eu l’opportunité de faire ce que j’avais envie de faire depuis plusieurs années  : tourner un film. C’est grâce à la maison de production Igloolik Isuma que j’ai pu mener à terme le projet d’Urban Inuk.

La radio, la télévision, la vidéo sont des modes d’expression qui conviennent aux Inuit qui sont des personnes de tradition orale. Ce sont d’excellents outils pour nous aider à bien traverser la période de transition que nous vivons aujourd’hui, tout en nous incitant à garder notre langue et notre culture. Je n’écarte pas l’idée de faire de la fiction un jour, mais je n’en suis pas encore là.