Littérature

À l’abri des échos · Je me souviens
Jean-Louis Fontaine

Photo de Jean-Louis Fontaine
Photo : Maurizio Gatti

Culture et histoire occupent pleinement la vie de l’Innu Jean-Louis Fontaine depuis plus d’une décennie. Traducteur-interprète, journaliste, animateur, écrivain, réalisateur, ethnohistorien et chercheur, Fontaine a fait de la culture sa passion et son champ d’intervention. Sa soif de connaissance l’a mené à Québec où il a poursuivi des études (création littéraire, anthropologie, ethnohistoire) de premier puis de deuxième cycle à l’Université Laval. Il est devenu un spécialiste de l’histoire et de la culture de son peuple. De 2002 à 2007, il a participé comme co-scénariste, réalisateur et traducteur à la télé série pour enfants Mikuan (Productions K8E K8E). Il a également écrit des textes poétiques qui accompagnent les œuvres du peintre innu Ernest Dominique.

[Voir Maurizio Gatti (dir.), Mots de neige, de sable et d’océan : littératures autochtones (Québec, Maroc, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Algérie), Wendake, CDFM, 2008]


 

Texte lu par Jean-Louis Fontaine (1:24 min)

 
Un loup s’élance dans le vide au-dessus d’un globe. L’univers autour de lui est tapissé d’éclats de lumière et de trous noirs.
Illustration : Christine Sioui Wawanoloath
À l’abri des échos (inédit)

Le dernier loup courait vers moi
à travers le village dévasté
son hurlement fendillait
le bas de la falaise

Aboyant vers l’Est
dans le mystère de sa sauvagerie
son cri en cette nuit
était d’une pâleur mortelle

Sa voix remontait la colline
d’étage en étage jusqu’à ma chambre
je l’ai entendu gémir
près de la porte ouverte

Ses yeux brûlaient
du silence de la mort
m’implorant de le sauver


 

Texte lu par Jean-Louis Fontaine (2:38 min)

 
Je me souviens (inédit)

Je me souviens d’un temps parmi les glaces
à la recherche d’herbes alimentant l’espoir
je haletais comme un caribou
sur le dos de la Béringie

La démarche des saisons
mesurait le rythme de mon souffle
je souffrais
la Mongolie n’était plus

Mais le corbeau croassait mon nom
aiguisant mes sens
je retrouvais mon c¦ur
me désaltérais aux lacs

Ce froid me réchauffait
ce silence me nourrissait
je survolais les sons
le pouvoir magique des esprits

Temps perdu dans le temps
mon corps et mon âme s’entrelaçaient